Aujourd’hui je te retrouve avec un épisode sur un sujet qui me tient beaucoup à coeur, à savoir les troubles du comportement alimentaires, qui touchent beaucoup de personnes durant l’adolescence mais également à l’âge adulte et les femmes sont davantage concernées que les hommes. Ces perturbations du comportement alimentaire ont des répercussions sérieuses sur la santé mentale ainsi que la santé physique, c’est pourquoi je voulais sensibiliser sur ce sujet en t’expliquant tout ce qu’il y a à savoir sur les TCA.
Je te souhaite une agréable écoute 💛
Les TCA c’est quoi concrètement ?
Les troubles du comportement alimentaire sont appelés aussi troubles de l’alimentation, et ils sont répertoriés dans le DSM-5, la 5ème version du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, qui est un ouvrage de référence en psychiatrie. Ce qui indique bien que la cause, l’origine même de ces troubles est psychique, donc c’est avant tout sur cet axe qu’il faudra se faire aider pour s’en libérer véritablement.
Parmi les TCA référencés dans ce manuel on retrouve :
- l’anorexie nerveuse (de type restrictif ou associée à une hyperphagie)
- la boulimie nerveuse
- l’hyperphagie boulimique
- l’alimentation sélective : nouvelle catégorie du DSM-5, assez large qui regroupe les troubles d’alimentation sélective et/ou d’évitement et qui concernent principalement les enfants et les adolescents. C’est lorsqu’une personne ne mange que certains aliments et en refuse énormément, en raison de leur texture, de leur couleur ou de leur odeur par exemple.
- le pica : ingestion compulsive (ou récurrente) de substances qui ne sont pas des aliments, comme de la terre (géophagie), des cailloux, du savon, de la craie, du papier, etc. Si cela est normal chez les bébés durant une phase, cette habitude devient pathologique chez des enfants plus âgés, de 2 ans et plus. Selon certaines théories, il serait associé à une carence en fer mais cette explication reste controversée. Enfin, des cas de pica durant la grossesse ont été rapportés, et cette pratique fait partie des traditions de certains pays d’Afrique et d’Amérique du Sud.
- le trouble de rumination appelé mérycisme est un trouble du comportement alimentaire rare qui se traduit par la régurgitation et la mastication de nourriture précédemment ingérée. Il ne s’agit pas de vomissements ni de reflux gastro-oesophagien mais bien d’une régurgitation volontaire d’aliments partiellement digérés. La régurgitation se fait sans effort, sans crampes gastriques, contrairement aux vomissements.
- d’autres TCA, spécifiés ou non
Ici, on va se concentrer sur l’anorexie, la boulimie, et l’hyperphagie qui sont les plus répandus, en plus de l’orthorexie que j’aborderai après car elle n’est pas encore classé dans le fameux DSM-V actuellement.
1. L’anorexie
L’anorexie est le premier TCA à avoir été décrit et reconnu. On parle d’anorexie mentale, ou nerveuse. C’est un trouble psychiatrique qui touche principalement des femmes (90%) et qui apparait généralement pendant l’adolescence. L’anorexie affecterait de 0,3 % à 1 % des jeunes femmes. On reconnait l’anorexie par 3 caractéristiques :
- Une restriction alimentaire pouvant aller jusqu’au refus de s’alimenter, qui mène à une perte de poids importante.
- Une peur intense de prendre du poids et de devenir obèse, malgré une insuffisance pondérale.
- Une déformation de la perception du poids ou de son image corporelle (dysmorphophobie), avec déni de la gravité de la maigreur actuelle.
Dans certains cas, l’anorexie est associée à des épisodes d’hyperphagie, c’est-à-dire d’ingestion disproportionnée d’aliments, que la personne va chercher à éliminer via des purges, notamment en vomissant ou en utilisant des laxatifs ou des diurétiques.
2. La boulimie
La boulimie nerveuse est un TCA caractérisé par une consommation excessive ou compulsive de nourriture associée à des comportements de purge.
Elle touche principalement les femmes (environ 90 % des cas) et on estime que 1 % à 3 % des femmes souffrent de boulimie au cours de leur vie (il peut s’agir d’épisodes isolés).
La plupart du temps, les personnes boulimiques ont un poids normal et cachent leurs « crises », ce qui rend le diagnostic difficile.
On la distingue grâce à 5 critères :
- 1. Survenue récurrente de crises de boulimie avec une ingurgitation de quantités importantes de nourriture en moins de 2 heures accompagné d’un sentiment de perte de contrôle
- 2. Comportements compensatoires inappropriés et récurrents visant à prévenir la prise de poids, tels que : vomissements provoqués, emploi abusif de laxatifs, diurétiques, lavements ou autres médicaments, jeûne, exercice physique excessif.
- 3. Les crises de boulimie et les comportements compensatoires inappropriés surviennent tous deux, en moyenne, au moins 2 fois par semaine pendant 3 mois.
- 4. L’estime de soi est influencée de manière excessive par le poids et la forme corporelle.
- 5. Le trouble ne survient pas exclusivement pendant des épisodes d’anorexie mentale.
3. L’hyperphagie
L’hyperphagie boulimique ou « compulsionnelle », ou la frénésie alimentaire ressemble à la boulimie (absorption disproportionnée de nourriture et sentiment de perte de contrôle), mais elle n’est pas accompagnée de comportements compensatoires. Elle est associée à une obésité dans la grande majorité des cas. La sensation de satiété est altérée, voire inexistante. On estime que l’hyperphagie constitue le TCA le plus fréquent. Au cours de leur vie, 3,5% des femmes et 2% des hommes seraient concernés. Dans la dernière version du DSM-5, l’hyperphagie boulimique est officiellement devenue un TCA à part entière.
Voici les 5 critères diagnostiques de ce trouble:
A. Survenue récurrente de crise de boulimie (binge eating), répondant aux deux caractéristiques suivantes :
- Absorption, en une période de temps limitée (p. ex., moins de 2 heures), d’une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des personnes absorberaient en une période de temps similaire et dans les mêmes circonstances
- sentiment d’une perte de contrôle sur le comportement alimentaire pendant la crise de boulimie (p. ex., sentiment de ne pas pouvoir s’arrêter de manger ou de ne pas pouvoir contrôler ce que l’on mange ou la quantité que l’on mange)
B. Les crises de boulimie sont associées à trois des caractéristiques suivantes (ou plus) :
- Manger beaucoup plus rapidement que la normale.
- Manger jusqu’à éprouver une sensation pénible de distension abdominale.
- Manger de grandes quantités de nourritures en l’absence d’une sensation physique de faim.
- Manger seul parce que l’on est gêné de la quantité de nourriture que l’on absorbe.
- Se sentir dégouté de soi-même, déprimé ou très coupable après avoir mangé.
C. Le comportement boulimique est source d’une souffrance marquée.
D. Le comportement boulimique survient, en moyenne, au moins 1 jour par semaine pendant 6 mois.
E. Le comportement boulimique n’est pas associé au recours régulier à des comportements compensatoires inappropriés (p. ex., vomissements ou prise de purgatifs, jeûne, exercice physique excessif) et ne survient pas au cours d’une anorexie mentale ou d’une boulimie.
La sévérité du trouble est basée sur la fréquence des épisodes :
- trouble léger : 1-3 épisodes par semaine ;
- modéré : 4-7 épisodes par semaine ;
- sévère : 8-13 épisodes par semaine ;
- extrêmement sévère : 14 épisodes ou plus par semaine.
Précision : Le grignotage continu de petites quantités d’aliments toute la journée n’est pas considéré comme de l’hyperphagie boulimique.
4. L’orthorexie
L’orthorexie est un trouble récemment mis en évidence par le médecin Steve Bratman (1997). Elle se trouve au carrefour du trouble alimentaire, de la phobie alimentaire et de l’obsession alimentaire. L’orthorexie désigne les préoccupations obsessionnelles pour l’alimentation saine. La personne ne mange pas ce qu’elle considère comme malsain, et si elle mange un aliment ne répondant pas à ses critères, elle ressent de la frustration voire de la culpabilité. Dans ce trouble, ce n’est pas la quantité qui va être problématique, mais la qualité de l’alimentation car on est obnubilé par le fait de manger uniquement des aliments sains et purs pour atteindre une santé parfaite, pour purifier son corps.
L’orthorexie n’a pas été reconnue comme un TCA à part entière par l’American Psychiatric Association lors de la dernière révision du DSM, car il y avait trop peu de recherches sur ce sujet à cette époque.
Et bien qu’il n’existe pas de catégorie spécifique à l’orthorexie, ce trouble est en fait pris en compte dans le trouble de la consommation alimentaire évitante/restrictive (dont j’ai parlé brièvement au début) qui est une vaste catégorie englobant l’orthorexie ainsi que d’autres troubles de l’alimentation.
En effet, selon une étude de 2021, le profil orthorexique est très proche du profil des individus ayant des TCA. Et dans une étude de 2022, les résultats montrent la nécessité d’approfondir certains aspects de l’orthorexie, et démontrent également la pertinence d’utiliser une approche holistique de l’orthorexie, qui doit être considérée soit comme un symptôme d’un trouble alimentaire actuel, soit comme une évolution d’un trouble alimentaire passé. Il y a une réelle nécessité d’explorer le concept d’orthorexie pour une meilleure compréhension et prise en charge de ce trouble dans la pratique quotidienne.
Il est important de comprendre les enjeux pour la santé de ce trouble, car le fait d’être obsédé complètement par le fait de manger uniquement des aliments sains et naturels (définition qui en plus va varier complètement d’un individu à un autre) peut, en fait, devenir une pratique très malsaine et dangereuse car la santé physique et mentale sont compromises :
- Carences nutritionnelles et/ou perte de poids importante : si une personne perd du poids avec l’orthorexie (ce n’est pas systématique mais ça arrive), ce n’est pas pour devenir ou rester mince, mais c’est uniquement en raison de ses choix alimentaires
- Isolement social : pour ne pas avoir à déroger aux habitudes et aux règles alimentaires, la personne peut refuser de manger à l’extérieur ou chez l’entourage, et si cela ne peut être évité, alors elle apportera elle-même son repas.
- Diminution de la qualité de vie : elle est très chronophage et énergivore car cette obsession impliquera d’avoir un contrôle omniprésent et excessif sur tous les aspects de son alimentation, allant des courses aux préparations des repas.
Voici quelques pratiques misent en avant par le Dr Bratman qui peuvent alerter :
- Se préoccuper plus de trois heures par jour de son alimentation
- Percevoir une dégradation de sa qualité de vie depuis le début de la nouvelle alimentation
- Faire preuve d’une plus grande exigence envers soi-même
- S’isoler et se retirer de la vie sociale en conséquence du régime
- Culpabiliser fortement en cas de non-respect des règles
- Avoir un sentiment de contrôle apaisant lorsque les règles sont suivies
Bien-sûr qu’il faut manger sainement pour prendre soin de son corps, et si j’ai fait de l’alimentation une de mes spécialités ce n’est pas par hasard, mais cela ne doit pas devenir une obsession pour autant. Pour certains, acheter des légumes surgelés, aussi bio soient-ils, c’est malsain. Pour d’autres, il suffit qu’il y ait une trace infime de sucre, de gluten ou autre pour que ça devienne le mal absolu. Certains sont angoissés à l’idée de faire un resto entre amis par peur de ne pas pouvoir contrôler la qualité de ce qu’il y a dans leur assiette, qu’ils préféreront annuler et s’isoler progressivement. Pour avoir subi ce trouble pendant plusieurs années, je peux vous assurer qu’il m’a causé encore plus de tord que la boulimie, car j’étais exténuée, dénutrie, isolée et dépressive, je n’avais plus aucune joie de vivre.
Pour rappel, manger sainement c’est avoir une alimentation qui réponde aux besoins physiologiques et psychiques sans avoir d’effet néfaste sur la santé, aussi bien physique que mentale (voir article et podcast à ce sujet ici). L’orthorexie étant quasiment toujours accompagné d’un contrôle excessif, d’une grande rigidité, d’une charge mentale permanente, d’anxiété au moindre petit écart, aussi minime soit-il, elle est évidemment source de beaucoup de stress à répétition, alors que vous savez désormais que ce dernier est très néfaste pour la santé.
Je ne le répèterai jamais assez, mais une bonne santé mentale est tout autant voire encore plus importante que le fait d’avoir une alimentation « parfaite ». La seule alimentation parfaite est celle qui vous comble aussi bien physiquement que mentalement et socialement, sans aucun effet néfaste sur chacun de ces axes.
Quelles sont les causes des TCA ?
Parmi les causes des TCA, on retrouve évidemment plusieurs facteurs psychologiques et émotionnels, qui vont différer d’un TCA à l’autre, voici par exemple le cas de l’anorexie et de la boulimie.
L’anorexie est caractérisée par un rejet complet de la vie avec un désir important et inconscient d’échapper à la vie, de disparaître, de se cacher pour diverses raisons (ne pas déranger, se protéger…).
La boulimie quant à elle, est caractérisée par le fait de manger avec excès pour satisfaire un besoin non comblé ou pour retrouver une forme d’amour et d’affection qui nous manque (la nourriture symbolise la vie, l’amour et les émotions). On essaie de combler par la nourriture un vide profond à l’intérieur de soi.
On remarque aussi des niveaux de sérotonine assez bas et totalement déréglé, qui pourront être régulés via la Naturopathie, notamment grâce à la L-Théanine, au Safran, au Griffonia 5HTP et les différentes techniques que j’ai partagé dans cet article.
Enfin, l’environnement, la pression et les dictats de la société concernant l’apparence physique, le mode de vie, l’alimentation n’arrangent en rien ces phénomènes, qui se sont multipliés avec l’apparition d’internet et des réseaux sociaux où l’on peut voir en permanence des corps idéalisés, souvent retouchés et totalement éloignés de notre morphologie de base, mais aussi des régimes alimentaires parfaits sans écarts, avec des assiettes toujours ultra saines au millimètre près dans les contenus créés par certains hygiénistes, diététiciens, naturopathes en j’en passe (sans mettre tout le monde dans le même panier bien entendu).
La prise en charge des TCA
Les TCA doivent être pris au sérieux et traités le plus rapidement possible, car ils sont associés à une détresse psychologique importante. Conséquences des TCA sur la santé et pourquoi il est ultra important de les prendre en charge ?
- Perte de poids importante, pouvant aller à la cachexie
- Dérèglement hormonal
- Manque d’énergie, affaiblissement général, fatigue
- Impact sur le cœur et le rythme cardiaque
- Fonctionnement cognitif au ralenti dont problèmes de concentration
- Isolement, repli sur soi allant parfois jusqu’à l’arrêt de l’école ou du travail
- Mal-être, culpabilité, image de soi dévalorisée, estime personnelle impactée
- Trouble de l’anxiété et humeur dépressive, idées noires, apathie
- Dans les cas extrêmes décès et tentative de suicide
En effet, les tentatives de suicide ne sont pas rares chez les personnes souffrant de TCA, et c’est d’ailleurs l’anorexie qui a le plus fort taux de mortalité : certaines études estiment que 10 % des personnes atteintes d’anorexie décèdent dans les 10 ans suivant le diagnostic.
C’est pour toutes ces raisons que la prise en charge psychologique, si possible par des spécialistes en TCA est impérative. Que ce soit via une thérapie individuelle ou bien en groupe, celle-ci est indispensable. Il existe plusieurs types de thérapies qui ont fait leur preuve sur les TCA, comme les thérapies cognitives et comportementales, les thérapies interpersonnelles, la psychothérapie ou encore les thérapie de groupe, même si l’idéal serait d’avoir un suivi individuel en parallèle de celles-ci. Je vous avais d’ailleurs parlé de l’ICV dans un autre épisode, une thérapie dite brève qui a fait ses preuves sur les TCA.
En complément, on a une étude de 2020 qui montre l’efficacité des méthodes de pleine conscience.
Enfin, le fait d’avoir une alimentation bienveillante, qui reste saine mais qui soit plaisante, sans frustration ni charge mentale pour le quotidien, permet d’éviter la culpabilité ce qui améliore déjà l’estime de soi en parallèle d’un accompagnement psychologique.
N’hésitez pas à partager cet article ou cet épisode autour de vous afin de sensibiliser un maximum de personnes sur ce sujet, je vous remercie.
Prenez bien soin de vous 💛



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