Article publié en janvier 2021, entièrement revu et sourcé en octobre 2026.
En accompagnement, j’entends souvent la même histoire. Une femme arrête la pilule parce qu’elle ne souhaite plus prendre d’hormones, ou simplement parce qu’elle se reconnaît plus (humeur en dents de scie, libido en berne, l’impression de vivre à côté d’elle-même). Donc, très souvent, on lui présente le stérilet en cuivre comme l’option « naturelle », la contraception sans hormones par excellence. Sauf que quelques mois plus tard, elle se retrouve avec des règles hyper abondantes et des douleurs qu’elle n’avait jamais eues.
Le but n’est pas de te dire quoi choisir (ton corps, ton choix, toujours), mais que tu choisisses en sachant vraiment à quoi t’attendre.
Petit cadre avant de commencer : je ne suis ni médecin ni sage-femme. Cet article t’aide à préparer ta réflexion, et le choix d’une contraception se fait avec un ou une professionnelle (gynécologue, sage-femme, médecin traitant ou centre de santé sexuelle). Toutes les sources sont listées à la fin.
Pourquoi tant de femmes cherchent une contraception sans hormones
Les contraceptions hormonales ont des effets indésirables documentés. Et ce n’est pas un discours « anti-pilule » de le dire : en effet, ce sont les autorités de santé elles-mêmes qui les décrivent.
Le risque de thrombose veineuse. Il est connu depuis l’arrivée de la pilule combinée. D’après l’ANSM, sur une année, on attend environ 0,5 à 1 thrombose pour 10 000 femmes sans pilule. Ce chiffre passe à environ 2 pour 10 000 avec une pilule de 2e génération, et il est environ deux fois plus élevé avec les pilules de 3e et 4e génération. Pour comparaison, la grossesse elle-même s’accompagne d’environ 6 cas pour 10 000 femmes. Autrement dit, le risque est rare, mais il est réel, et plus marqué la première année.
L’humeur. Une grande étude danoise a suivi plus d’un million de femmes. Les utilisatrices de pilule combinée y avaient un risque environ 1,2 fois plus élevé de se voir prescrire un premier antidépresseur, et près de 1,8 fois chez les adolescentes. Il s’agit d’une association, pas d’une preuve de cause à effet. Cependant, elle a suffi pour que les chercheurs recommandent d’en informer les femmes.
Et puis il y a ce que les études mesurent mal et que j’entends beaucoup en accompagnement : la libido qui s’éteint, l’impression d’être « à plat », de ne plus sentir son cycle. Ça, c’est de l’expérience de terrain, pas de la science, mais ça mérite d’être écouté. À l’inverse, beaucoup de femmes vivent très bien avec une contraception hormonale. Aucune de ces deux expériences n’annule l’autre.
Le stérilet en cuivre : ce que montre vraiment la recherche
Commençons par ses atouts, parce qu’ils sont réels. C’est l’une des méthodes les plus efficaces qui existent, avec moins d’une grossesse pour 100 femmes la première année. De plus, il ne contient aucune hormone et il dure de nombreuses années. Mais « sans hormones » ne veut pas dire « sans effet sur le corps ».
Une inflammation locale, c’est son mode d’action
Le stérilet en cuivre provoque dans l’utérus une réaction inflammatoire stérile, c’est-à-dire sans infection. Cette réaction rend l’environnement toxique pour les spermatozoïdes. Ce n’est pas une théorie alternative : c’est la description qu’en donnent les manuels médicaux eux-mêmes.
Des règles plus abondantes et plus douloureuses
Cette inflammation s’accompagne d’une libération accrue de prostaglandines dans l’endomètre. Résultat : des règles plus abondantes, plus longues et souvent plus douloureuses, parfois avec des saignements entre les règles. Selon les données cliniques, les pertes de sang menstruel augmentent d’environ 55 % après la pose. Les saignements abondants ont tendance à diminuer avec le temps, contrairement aux saignements entre les règles. Ce sont d’ailleurs les premières raisons pour lesquelles les femmes le font retirer.
Conséquence logique : des règles plus abondantes peuvent creuser une carence en fer. Donc si tes règles ont changé depuis la pose, ça vaut le coup d’en parler à ton médecin et de demander un dosage de ferritine.
Un risque plus élevé de vaginose bactérienne
Une étude publiée en 2021 a suivi plus de 2 500 femmes pendant près de trois ans. Les utilisatrices du stérilet en cuivre y avaient un risque de vaginose bactérienne environ 1,3 fois plus élevé que les femmes utilisant une autre méthode non hormonale. Par ailleurs, dans les six premiers mois, leur risque était 1,5 fois plus élevé qu’avant la pose. Bonne nouvelle : ce risque revenait à son niveau de départ dans l’année suivant le retrait. Selon les chercheurs, les saignements plus abondants perturberaient le microbiote vaginal.
Les méthodes d’observation du cycle
Ces méthodes observent les signes de fertilité pour repérer la fenêtre fertile. Pendant cette fenêtre, on s’abstient ou on utilise une méthode barrière. Elles ont un bonus que j’aime beaucoup : elles t’apprennent à connaître ton cycle et ton corps. En contrepartie, elles demandent de la rigueur, et leur efficacité dépend énormément de la façon dont on les applique.
La symptothermie

Elle croise deux observations quotidiennes : la température au réveil et la glaire cervicale. L’étude de référence a suivi 900 femmes en Allemagne, formées par des conseillères. Chez les couples qui s’abstenaient pendant la phase fertile, le taux de grossesses non prévues était de 0,4 % par an. Il était d’environ 0,6 % avec une méthode barrière pendant cette phase. C’est donc comparable aux méthodes les plus efficaces.
Mais il y a l’autre chiffre, celui qu’on oublie souvent de donner. Sur l’ensemble des femmes suivies, rapports non protégés compris, il y a eu 1,8 grossesse non prévue pour 100 femmes sur 13 cycles. De plus, environ 9 femmes sur 100 ont arrêté parce que la méthode ne leur convenait pas. En clair, la symptothermie est très fiable quand elle est bien apprise et bien appliquée, mais beaucoup moins tolérante aux écarts. C’est pourquoi se former auprès d’une conseillère plutôt que seule sur internet fait vraiment la différence.
Pour en savoir plus : symptothermie.com.
Lady-Comp et Daysy

Le principe : tu prends ta température chaque matin au réveil. Ensuite, l’appareil t’indique avec des voyants de couleur si tu es dans une phase fertile ou non. Contrairement à la symptothermie, il s’appuie uniquement sur la température, sans observer la glaire.
Côté chiffres, l’étude d’origine donne deux résultats. D’une part, un indice de Pearl de 0,7 pour les grossesses dues à une erreur de la méthode elle-même. D’autre part, un indice global de 3,8 en conditions réelles, soit environ 4 grossesses non prévues pour 100 femmes par an. Des études plus récentes trouvent de meilleurs résultats. Toutefois, elles ont été menées par le distributeur de l’appareil, ce qui invite à la prudence.
Daysy vient du même fabricant que Lady-Comp et repose sur le même algorithme, dans un format plus petit relié à une application. Tu as peut-être vu passer le chiffre de 99,4 % de fiabilité. Or l’étude d’où il venait a été retirée en 2019 par la revue qui l’avait publiée, à cause de failles méthodologiques. Depuis, le fabricant indique lui-même que Daysy n’est pas un contraceptif au sens strict, mais un outil qui t’indique ta fenêtre fertile.
Pour en savoir plus : lady-comp.fr.
Natural Cycles et Tempdrop : les outils connectés
Depuis quelques années, de nouveaux outils promettent de simplifier tout ça. Attention cependant : tous ne sont pas des contraceptifs, même quand leur marketing le laisse penser. Voici les deux dont on entend le plus parler.
Natural Cycles. C’est une application qui analyse ta température (prise au thermomètre, ou mesurée la nuit par une bague connectée Oura ou une montre) pour indiquer tes jours fertiles. Elle a obtenu le marquage CE et l’autorisation de la FDA américaine comme moyen de contraception. Selon ses propres études, environ 7 utilisatrices sur 100 tombent enceintes en un an en utilisation courante, et 1 à 2 sur 100 en utilisation parfaite. Ces études ont été menées par l’entreprise elle-même, il faut le garder en tête. Mais les chiffres sont publiés, et ils sont honnêtes sur l’écart entre la théorie et la vraie vie.
Tempdrop. C’est un petit capteur porté sous le bras pendant la nuit, dans un brassard. Il mesure ta température tout au long du sommeil, ce qui évite de devoir la prendre à heure fixe au réveil. Une étude de 2025 montre qu’il repère bien le jour de l’ovulation. En revanche, la marque précise elle-même que Tempdrop n’est pas un contraceptif. C’est donc un outil pratique pour mesurer ta température dans le cadre de la symptothermie, pas une méthode à part entière.
Le point commun de tous ces outils : ils facilitent l’observation, mais la fiabilité dépend toujours de ce que tu fais pendant les jours fertiles.
Les autres contraceptions sans hormones
Il n’y a pas que le stérilet en cuivre et l’observation du cycle. Voici donc les autres options, avec leur efficacité. Les chiffres indiquent le nombre de grossesses non prévues pour 100 femmes pendant la première année. La colonne « utilisation courante » correspond à la vraie vie, avec ses oublis. Ces chiffres viennent de la synthèse de référence de James Trussell et ses collègues, établie à partir de données américaines.
| Méthode | Utilisation courante | Utilisation parfaite | À savoir |
|---|---|---|---|
| Préservatif masculin | 13 | 2 | Protège aussi des infections sexuellement transmissibles (IST) |
| Préservatif interne (dit « féminin ») | 21 | 5 | Protège aussi des IST, se met avant le rapport |
| Diaphragme | 17 | 16 | Utilisé en général avec un spermicide, réutilisable |
| Cape cervicale | 16 à 32 | 9 à 26 | Moins efficace chez les femmes qui ont déjà accouché par voie basse |
| Spermicides seuls | 21 | 16 | Peu efficaces seuls, plutôt en complément |
| Retrait | 20 | 4 | Le liquide pré-éjaculatoire peut contenir des spermatozoïdes |
| Stérilet en cuivre | 0,8 | 0,6 | Voir plus haut |
| Vasectomie | 0,15 | 0,1 | Contraception de l’homme, à considérer comme définitive |
| Ligature des trompes | 0,5 | 0,5 | À considérer comme définitive |
Deux cas particuliers : l’allaitement et la contraception masculine
L’allaitement (méthode MAMA). Après un accouchement, l’allaitement peut être une contraception très efficace mais temporaire, à des conditions précises : allaitement exclusif, jour et nuit, retour des règles pas encore survenu, et bébé de moins de six mois. Si une seule de ces conditions n’est plus remplie, elle ne protège plus.
La contraception masculine thermique. Elle consiste à remonter légèrement la température des testicules (slip ou anneau) pour freiner la production de spermatozoïdes. Des spermogrammes réguliers permettent de vérifier qu’elle fonctionne. C’est une piste intéressante pour partager la charge contraceptive. Cependant, en France, l’ANSM a suspendu en décembre 2021 la commercialisation de l’anneau Andro-switch, faute de marquage CE démontrant son efficacité et sa sécurité. Avant de te lancer, vérifie où en est la situation et fais-toi accompagner par un médecin.
Et rien n’empêche de combiner : beaucoup de couples associent par exemple la symptothermie et le préservatif pendant la phase fertile.
Ce que j’en retiens
Il n’existe pas de contraception parfaite, seulement des compromis différents entre efficacité, effets sur le corps, contraintes au quotidien et protection contre les IST. Pour moi, la bonne contraception, c’est celle que tu as choisie en connaissance de cause. Celle qui correspond à ton corps, à ta vie et à ton couple. Et celle que tu peux changer si elle ne te convient plus.
Et quelle que soit ta méthode, écoute ce qui change dans les mois qui suivent : tes règles, ton humeur, ta libido, ton énergie, ton confort intime. Ce sont des informations précieuses, grâce à elles, tu pourras en parler précisément avec ta gynécologue, ta sage-femme ou ton médecin. Et ainsi trouver ce qui te soutient vraiment.
メ૦メ૦ 💋 Marina ✮⋆. ⊹
Sources
- ANSM, Contraceptifs oraux combinés et risque de thrombose veineuse, décembre 2012.
- Skovlund CW et al., Association of Hormonal Contraception With Depression, JAMA Psychiatry, 2016, doi:10.1001/jamapsychiatry.2016.2387.
- Manuel MSD, Comparison of Intrauterine Devices (mode d’action du stérilet en cuivre).
- NHS Scotland, Copper intrauterine device: health risks and side effects.
- ClinicalTrials.gov, Study About Patients Using Copper Intrauterine Device (augmentation des pertes de sang menstruel).
- Peebles K et al., Elevated Risk of Bacterial Vaginosis Among Users of the Copper Intrauterine Device, Clinical Infectious Diseases, 2021, PubMed 32505132.
- The Association between Elevated Serum Copper Levels and Its Complications in Cu T380A IUD Users, Egyptian Journal of Hospital Medicine.
- Imani S et al., Changes in copper and zinc serum levels in women wearing a copper TCu-380A intrauterine device, European Journal of Contraception and Reproductive Health Care, 2014.
- Frank-Herrmann P et al., The effectiveness of a fertility awareness based method to avoid pregnancy in relation to a couple’s sexual behaviour during the fertile time, Human Reproduction, 2007, PubMed 17314078.
- Freundl G et al., Retrospective clinical trial of contraceptive effectiveness of the electronic fertility indicator Ladycomp/Babycomp, Advances in Contraception, 1998, PubMed 9820928.
- Natural Cycles, How effective is Natural Cycles as birth control? (données de l’entreprise).
- Ecochard R et al., Accuracy of an Overnight Axillary-Temperature Sensor for Ovulation Detection, Sensors, 2025, et Tempdrop, Is Tempdrop approved as a contraceptive?
- Reproductive Health, Retraction Note concernant l’étude Daysy, 2019.
- Trussell J, Contraceptive failure in the United States, Contraception, 2011, et Trussell J, Aiken ARA, Contraceptive efficacy, Contraceptive Technology, 21e édition, 2018.
- ANSM, Décision du 10/12/2021 concernant l’Andro-switch.




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