Aujourd’hui je vais t’expliquer un phénomène trop sous-estimé, à savoir l’hypochlorhydrie, qui est bien souvent la cause principale de beaucoup de maux du système digestif.
Tu fais des efforts pour mieux manger, tu testes des astuces vues sur les réseaux ou les blogs, tu as testé des protocoles, peut-être même avec des évictions alimentaires…
Et pourtant, ton ventre continue de crier à l’aide. Ballonnements, gazs, reflux, lourdeurs post-repas, syndrome de l’intestin irritable, gêne sous les côtes. Et cette impression constante que quelque chose ne va pas. Je t’explique tout !
Qu’est-ce que l’hypochlorhydrie ?
Un trouble courant… mais ignoré
L’hypochlorhydrie désigne un niveau d’acide chlorhydrique dans le liquide gastrique qui est bas, voire inexistant (dans ce cas on parle d’achlorhydrie), et que le pH de l’estomac durant la digestion est supérieur à 3. Et cette défaillance souvent invisible peut entraîner de grands déséquilibres digestifs.
L’acide gastrique, c’est un peu le starter de ta digestion. Il permet :
- de décomposer les protéines,
- de désinfecter l’estomac (barrière contre bactéries, parasites…),
- de stimuler la production de bile et d’enzymes,
- de préparer l’intestin grêle à la sécrétion d’enzymes digestives pour bien assimiler les nutriments.
Mais quand cet acide est insuffisant, les conséquences s’accumulent…
Les symptômes typiques d’une hypochlorhydrie
Tu peux ressentir :
- Ballonnements ou ventre gonflé
- Lourdeurs après les repas
- Sensation de “bouchon” dans le haut de l’abdomen
- Reflux acide paradoxal (oui, même avec peu d’acide !)
- Gazs, flatulences, mauvaise haleine, fatigue digestive
- Constipation et/ou diarrhée
- Aliments mal digérés dans les selles
Mais ce n’est pas tout…
Une porte d’entrée vers d’autres déséquilibres
Ce manque d’acide dans l’estomac ne reste pas sans conséquence. Au delà de ces symptômes, voici ce que ça peut entraîner à moyen terme :
Reflux acides… paradoxalement causé par un manque d’acidité
L’acide chlorhydrique joue un rôle clé dans le tonus du cardia, ce petit muscle qui sépare l’estomac de l’œsophage. Quand il y en a trop peu, le sphincter reste entrouvert… et le peu d’acide présent remonte et brûle. Ironique, non ?
Le “reflux” qu’on traite souvent comme un excès… est en fait un défaut de départ.
Carences nutritionnelles invisibles… mais réelles
Sans une acidité suffisante, le corps assimile mal les nutriments.
Même avec une alimentation équilibrée, tu peux te retrouver carencée en :
-
fer, zinc, calcium,
-
vitamines B12, B6, A, D, E…
-
ou encore en acides gras essentiels.
Et tu sens alors une fatigue persistante, une peau qui perd en éclat, des ongles fragiles, un mental en dents de scie…
Proliférations microbiennes (Candida, H. pylori, SIBO…)
L’estomac est censé être un milieu très acide, donc très peu colonisé.
Mais en cas d’hypochlorhydrie, certaines bactéries ou levures s’installent et prolifèrent, au niveau gastrique mais aussi intestinal.
Plusieurs études ont montré que la déficience en acide chlorhydrique ou sa suppression par l’usage d’IPP provoque une surpopulation bactérienne et fongique au niveau des intestins. En ce qui concerne la célèbre bactérie Helicobacter pylori, et le champignon Candida Albicans réputé pour la candidose qu’il provoque, ils ne sont absolument pas nos ennemis.
Bien au contraire, ils ont même un rôle très bénéfique d’où leur présence naturelle dans notre microbiote. Leur prolifération n’est que le résultat d’un déséquilibre interne, pas la cause.
Intestin irritable, muqueuse inflammée, digestion douloureuse
Quand les aliments stagnent et sont mal digérés, ils fermentent. Ils produisent des toxines, créent de la pression, des gazs, et finissent par irriter les parois de l’intestin.
C’est souvent à ce stade que le SII (syndrome de l’intestin irritable) se manifeste :
-
inconfort permanent,
-
spasmes,
-
troubles du transit,
-
et hypersensibilité digestive.
Et aujourd’hui, on sait grâce aux recherches que l’hypochlorydrie est une cause sous-jacente majeure du SIBO, de la dysbiose, et donc de ce fameux “intestin irritable”.
Allergies, troubles immunitaires et réactions à répétition
Une barrière intestinale abîmée laisse passer des toxines et des protéines partiellement digérées dans la circulation sanguine.
Résultat, ton système immunitaire s’emballe. Fatigue chronique, réactions inflammatoires, intolérances, voire crises d’asthme chez certains profils sensibles.
Et ce n’est pas une théorie :
plusieurs études anciennes et récentes ont montré des liens directs entre hypochlorhydrie et asthme, allergies alimentaires, dérèglements immunitaires, voire risques accrus de troubles plus profonds si le terrain reste fragilisé trop longtemps.
Comment savoir si l’on a une hypochlorhydrie ?
Le problème avec l’hypochlorhydrie c’est qu’elle est bien trop souvent mal diagnostiquée, car les sensations d’acidité ou de brûlures peuvent prêter à confusion.
Les tests médicaux
- Anticorps anti-pariétaux et anti-facteur intrinsèque
- Biopsie de l’estomac
- Contrôle du pH gastrique
- Taux de pepsinogène sérique (un faible taux de pepsinogène sérique indique une hypo/achlorhydrie)
- Taux de gastrine sérique (un taux de gastrine sérique élevé, supérieur à 500 à 1000 pg/mL, peut indiquer une hypo/achlorhydrie)
- Tests de détection de l’infection par H. pylori (test respiratoire à l’urée, test d’antigène dans les selles, biopsie, réaction en chaîne par polymérase (PCR) ou hybridation in situ fluorescente (FISH))
Le test du bicarbonate de soude
Ce test très simple et peu coûteux permet de savoir si notre taux d’acide chlorhydrique est suffisant ou trop bas.
Pour le réaliser :
- Le matin à jeun, prend 1 cuillère à café de bicarbonate de soude (1/2 max si tu as subi une sleeve ou rétrecissement de l’estomac) dans un verre d’eau de 25 cl à température ambiante (ni chauffée, ni froide).
- Ensuite, bois tranquillement le verre sans précipitation (au risque d’avaler de l’air et de fausser le résultat)
- Un fois le verre terminé, lance un chronomètre
- Arrête-le au 1er rot (ne force pas le rot même si tu le sens arriver)
Ce test n’a pas de contre-indications tant qu’il est réalisé ponctuellement. Il peut simplement accélérer le transit durant la journée dans certains cas. Le mieux est de faire ce test encore 1 ou 2x quelques jours après pour être certain.e du résultat car le 1er peut être faussé (surtout si tu es sous IPP ou anti-acide).
Résultats :
Le bicarbonate est alcalin, donc il va réagir avec l’acide de l’estomac pour créer un gaz, le dioxyde de carbone. Plus on a d’HCL, plus on a une éructation puissante et plus elle arrivera rapidement.
- Si le rôt est intervenu avant 2 minutes : situation normale
- Si le rôt est intervenu au bout de 2 minutes : baisse de l’acidité
- Si le rôt est intervenu au bout de 3 minutes ou plus : hypochlorhydrie
- Et s’il n’y a pas eu de rot du tout, alors on est potentiellement sur une achlorhydrie
Dans le cadre de mon mémoire sur le sujet il y a 7 ans, j’avais réalisé une expérience personnelle et j’ai demandé à des personnes souffrant de troubles digestifs divers au quotidien de réaliser ce test tout en me précisant leurs différents symptômes.
Au total, 50 personnes ont réalisé 1x le test au bicarbonate (ce n’est qu’avec la pratique plus tard que j’ai compris la nécessité de le refaire une nouvelle fois) et les résultats étaient vraiment significatifs : presque 70% des personnes étaient en hypochlorhydrie.
Le test avec la bétaine HCL
Prenez une capsule de bétaine HCL après les premières bouchées d’un repas :
- Si vous ne ressentez pas de brûlure épigastrique dans les 30 minutes suivant l’ingestion de la capsule, cela indique que vous avez besoin d’un apport supplémentaire en HCL donc très probablement une hypochlorhydrie.
- Si vous ressentez une sensation de brûlure dans les 30 minutes, ça signifie que vous n’en avez pas besoin et donc que vous avez probablement un taux d’HCL normal.
N.B : La sensation de brûlure est soulagée en buvant 2 cuillères à café de bicarbonate de soude dans 1 verre d’eau pour neutraliser l’excès d’acide.
Ce test est contre-indiqué chez la femme enceinte ou allaitante, ainsi qu’en cas d’ulcère gastrique/duodénal ou encore avec la prise des traitements suivants : anti-inflammatoires, anti-histaminiques de type H2 et IPP (inhibiteurs de le pompe à protons)
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La cause oubliée derrière l’hypochlorhydrie
Voici ce qu’on oublie souvent :
La production d’acide gastrique est commandée par ton système nerveux, et plus précisément par la branche vagale ventrale (le fameux “mode repos et digestion”).
Quand elle est activée, ton corps se sent en sécurité, donc il peut digérer, assimiler, guérir et se régénérer.
Mais si tu es en mode alerte constant, si ton système nerveux se bloque en survie, et bien ce mécanisme ne s’active plus correctement.
Résultat : même avec une alimentation « parfaite », ton corps et ton ventre t’envoient des signaux d’alerte. Parce qu’il ne se sent pas en sécurité, donc il privilégie la survie, pas la digestion.
Le vrai problème : un système nerveux qui tourne en boucle
Ce n’est pas que ton estomac ne “veut” plus fonctionner. C’est qu’il n’est plus soutenu.
Stress chronique, charge mentale élevée, troubles du sommeil, fatigue émotionnelle, rythme à contre-courant…
➡️ Tout ça empêche ton système nerveux d’activer ton nerf vague. Et tant qu’il ne revient pas à l’équilibre, ta digestion ne pourra pas se faire correctement.
Hypochlorhydrie : d’autres facteurs à prendre en compte
1. Une mastication trop rapide
Quand on mange trop vite, l’estomac n’a pas le temps d’anticiper la digestion. Il reçoit des aliments peu broyés, souvent mal imbibés de salive, ce qui le pousse à produire plus d’acide… jusqu’à s’épuiser. Ralentir et mâcher longuement, ce n’est pas un conseil à prendre à la légère : c’est une vraie base de digestion efficace.
2. Une consommation déséquilibrée de protéines
- Trop de protéines : le système digestif s’épuise à force de devoir produire de l’acide et de la gastrine en boucle.
- Plus assez de protéines (chez les végéta*iens mal accompagnés) : la stimulation hormonale diminue, et la production d’HCl avec.
3. Des carences en zinc ou sodium
Le stress, les traitements médicamenteux ou l’appauvrissement des sols peuvent entraîner des manques en minéraux essentiels. Or, le zinc et le sodium sont nécessaires à la production d’HCl et à la protection de la muqueuse gastrique. Le corps préfère produire moins d’acide s’il sent qu’il ne peut pas s’en protéger.
4. Une alimentation ultra-transformée
Trop de plats industriels, trop peu d’enzymes naturelles, pas assez de fibres…
Le microbiote s’appauvrit, l’inflammation s’installe, et le système nerveux est lui aussi perturbé.
Tout est lié : un microbiote déséquilibré = une mauvaise communication avec le cerveau… et une digestion qui se dérègle.
5. Certains médicaments ou pathologies
Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), antihistaminiques ou certaines maladies auto-immunes comme Hashimoto peuvent réduire ou bloquer la sécrétion d’acide gastrique. C’est pourquoi il est essentiel de considérer l’ensemble du terrain et de ne pas se contenter de traiter un “reflux” comme un excès.
6. La présence d’une dérive gastrique (ou by-pass)
C’est une cause moins courante, mais en effet, des études montrent que la sécrétion d’acide non compensée par les aliments dans l’estomac, entraîne une diminution de la sécrétion de gastrine, ce qui conduit à une hypo/achlorhydrie.
7. La présence d’anticorps anti-facteur intrinsèque ou anti-cellules pariétales
Comme c’est le cas dans une gastrite atrophique métaplasique auto-immune ou encore dans l’anémie pernicieuse (appelée aussi maladie de Biermer).
Hypochlorhydrie : bonne nouvelle, ce n’est pas irréversible
Tu n’as pas besoin de prendre des compléments à vie, ni de te restreindre encore plus.
Ce qu’il te faut c’est rétablir cette sécurité intérieure, de donner à ton système nerveux les ressources pour fonctionner de manière optimale.
Alors non, c’est pas un régime sans FODMAP’s, sans gluten, ni une énième détox et astuces « magiques » qui vont t’aider à y parvenir. C’est une approche profonde qui soutient vraiment ton corps, et non une méthode qui va lui en demander toujours plus, l’épuiser et accentuer le problème.
Et maintenant ? Deux choses pour aller plus loin
✅ 1. Faire le point avec toi-même
Tu veux savoir si ton système nerveux est l’origine réelle de tes troubles digestifs ?
→ Fais le test gratuitement ici – “Ton système nerveux est-il bloqué en mode survie ?”
✅ 2. Découvrir la suite
Je t’explique dans le prochain article ce qu’il faut arrêter de faire tout de suite (et ce qui peut vraiment t’aider à relancer ta digestion sans t’épuiser) :
→ Lire la partie 2 : La vraie solution pour les tracas digestifs les plus répandus
Sources des études sur lesquelles je me suis appuyée :
« Anti-acid medication as a risk factor for food allergy » Allergy, 2011
« Duodenal microbiota makes an important impact in functional dyspepsia » Microb Pathog, 2022
« Achlorhydria » Fatima R, Aziz M., StatPearls Publishing, 2022
« How to improve your client’s gut health » Clean health
« What are the effects of proton pump inhibitors on the small intestine? » 2015
« Increased prevalence of irritable bowel syndrome in patients with gastroesophageal reflux. » 2002
« Insight Into the Relationship Between Gastroesophageal Reflux Disease and Asthma » 2014
« Gastric Cancer in Persons With Achlorhydria and With Pernicious Anæmia: A Lesson in Logic » 1957



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